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Article de Tibisay Maza Giménez paru dans Ciudad Caracas (29 août 2017)

 

L’École populaire de Cinéma, Télévision et de Théâtre est un espace de création d’énoncés émanant des communautés. Elle vient de présenter quatre nouveaux courts-métrages, un livre et les conclusions d’un an d’enquête parmi les 35 collectifs de télévision populaire du Venezuela.

 

Les 19 et 26 août 2017, le cinéma Antonieta Colon de Caracas accueillait l’École Populaire et Latino-américaine de Ciné, Télévision et Théâtre (EPLACITE) qui a projeté quatre nouveaux courts métrages : « Caquetios, une école en construction« , « Un pont pour Pluton », « Le tissu rouge, processus d’une fiction populaire« , et « Mémoires du ciel » de Jesus Reyes, et lancé le livre « Théorie et pratique d’une télévision et d’un cinéma par et pour le peuple« , qui a été remis à cette occasion à plusieurs étudiant(e)s et communicateurs populaires. Le 26, l’enquête nationale menée pendant un an par l’EPLACITE sur les 35 télévisions communautaires du Venezuela a également été présentée au public. Ces productions et publications audiovisuelles (en ligne sur le blog en espagnol de l’école : www.escuelapopularcineytv.wordpress.com) visent à construire un nouvel imaginaire populaire. « Le cinéma et la télévision dominantes sont plus du côté des résultats que des processus« , remarque Jesus Reyes, jeune réalisateur issu des quartiers populaires de Caracas et aujourd’hui enseignant de l’EPLACITE. « Nous résolvons nous-mêmes les problèmes techniques qui se présentent lors de chaque réalisation. On croit généralement que faire du cinéma nécessite beaucoup d’argent et l’assistance d’équipes nombreuses. Nous avons démontré qu’il n’en est rien. Nous avons aussi surmonté un problème technico-idéologique : le peuple n’est pas un objet mais un sujet qui est à la fois la source d’informations et de visions qui nous stimulent, et celui que nous voulons révéler par notre discours et notre structure » ajoute-t-il.

 

Le livre est une compilation des matériels de cours et des investigations mené par l’école ces 20 dernières années ; il remet fortement en question le paradigme dominant sur la communication sociale et recueille l’héritage d’expériences d’esthétiques révolutionnaires : Dziga Vertov, par exemple ou encore Santiago Alvarez, Jorge Sanjines et Glauber Rocha. « Nous apportons des clés nécessaires à la consolidation d’une dramaturgie décolonisatrice tout en récupérant un siècle de découvertes et de savoir-faire des travailleurs du cinéma, monopolisé par l’élite hollywoodienne : du langage de la caméra au sens qui se dégage de l’assemblage des différents plans » précise Thierry Deronne, le fondateur belgo-vénézuélien de cette école, enseignant de dramaturgie, documentaire et théorie du montage dans deux universités publiques créées par la révolution bolivarienne (l’UBV et l’UNEARTE).

 

Lorsque ce dernier a quitté sa ville natale de Tournai pour créer au Venezuela l’École Populaire et Latino-américaine de Ciné, Télévision et Théâtre (EPLACITE) dans les années 1990, l’objectif premier était de mettre une série d’outils d’expression à la disposition des mouvements sociaux. Un des professeurs qui l’a conseillé dans cette tâche est Thierry Odeyn, professeur à l’école nationale de cinéma INSAS (Bruxelles), avec ses recherches permanentes sur « plutôt que faire du cinéma politique, faire politiquement du cinéma ». « Il existe une revendication sociale qui devient chaque jour plus aiguë. Une révolution ne peut se développer dans un champ où les médias privés dominent et envahissent en permanence les esprits, les rêves. Un de nos apports consiste donc à faire prendre conscience qu’il devient urgent de démocratiser radicalement la propriété des médias » souligne Deronne.

 

Il rappelle qu’à l’époque de la création de l’École, les médias associatifs n’avaient pas encore été légalisés. Mais après la première victoire électorale de Hugo Chavez, le collectif a fait un bond qualitatif en réponse à leur forte demande de formation. « Aujourd’hui, à une époque où la concentration des médias interfère avec les institutions démocratiques et leur permet même de contribuer à faire tomber des gouvernements, nous ne pouvons plus nous contenter d’affirmer « on ment, on nous attaque », il faut désormais prendre l’initiative, au travers de l’Assemblée Constituante par exemple, de construire une loi nationale, puis internationale, qui démocratise la propriété des médias, mais aussi de renouveler la formation en nous appuyant sur de nouveaux paradigmes qui s’inspirent de l’expérience latino-américaine« . Aujourd’hui, le collectif est formé de divers enseignants qui se consacrent à l’étude et à la mise en valeur d’un jeune cinéma latino-américain comme Jesus Reyes, Juan José Moreno, Luis Rodriguez, Violeta Moreno, Betzany Guedez. « Nous avons aussi un réseau d’enseignants latino-américains, avec qui nous partageons de nouveaux regards contribuant à forger cette image du Venezuela et de notre Amérique« , ajoute Deronne.

 

Le projet est ouvert aux étudiants de UNEARTE, de l’Université Bolivarienne du Venezuela (UBV) mais surtout aux collectifs populaires et télévisions communautaires qui cherchent à améliorer leurs connaissances dans la réalisation de productions audio-visuelles. « Il faut souligner que des collectifs féministes particulièrement préoccupés de créer une image de la femme contre la violence que diffusent les télénovelas, ont toujours joué un rôle important dans l’École depuis sa fondation. » L’École est itinérante et le planning se fait en fonction des mouvements sociaux qui sollicitent ses services. « Nous sommes allés récemment dans l’État de Lara et en septembre nous nous rendrons dans l’État de Portuguesa où existe tout un projet de transcription historique de l’épopée d’Argimiro Gabaldon. Les mouvements sociaux se chargent de trouver un endroit pour nous recevoir et installer notre matériel ; nos ateliers ont la caractéristique d’être théoriques et pratiques et durent généralement 5 jours », précise-t-il.

 

PIONNIÈRE DANS LE DOMAINE COMMUNAUTAIRE

 

Deronne a eu l’occasion de voyager dans divers pays du continent et de découvrir leur niveau de développement audiovisuel. Pour lui la télévision associative, c’est d’abord une création bolivarienne, nourrie par l’une des pensées les plus emblématiques de Simon Rodriguez : « apprendre par l’exemple et enseigner par la pratique », et par les racines afrodescendantes, rebelles, et même si dans le Venezuela la majorité des ondes reste aux mains du secteur commercial, ce pays a apporté quelque chose d’inédit : une trentaine de collectifs s’essaient concrètement à un nouveau modèle de télévision populaire, au sein d’un processus révolutionnaire. « Avec des gouvernements progressistes comme l’Équateur, la Bolivie et l’Argentine sous la présidence de Cristina Fernandez, des lois qui protègent l’activité et la diffusion de médias alternatifs ont vu le jour, mais il n’y existe pas beaucoup de télévisions communautaires concrètes. Le Venezuela, en revanche, a acquis une solide expérience en ce domaine. C’est l’heure du bilan, des leçons à tirer de plusieurs échecs, d’une nouvelle génération. Dans d’autres pays, on rêve encore de pouvoir compter sur un État qui donne des caméras et des bancs de montage, sans contrôle politique. »

 

Source de cet article : http://ciudadccs.info/sonando-con-la-comunicacion-popular/

 

Photos : Yrleana Gomez / EPLACITE

 

Traduction : Frédérique Buhl

 

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3jt

Le rêve d’une communication populaire, article de Tibisay Maza Giménez paru dans Ciudad Caracas

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