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Par Marco Teruggi

Chercher la rupture s'est traduit par 6 mobilisations en 2 semaines. Certaines avec plus de monde – quelques 8 000 personnes – comme le 6 avril, d'autres avec à peine quelques milliers de personnes ou moins.

1.Ce qui tue dans les balles, c'est la rapidité. Comme les 2 qui ont traversé le corps de Bryan Principal mardi dans la soirée. Il avait 14 ans, vivait dans la Ville Socialiste Simón Bolívar, à Barquisimeto, sa mère l'avait envoyé acheter des tourtes. Il était dans l'axe des tirs qui avaient commencé à 8H30 du soir quand une voiture a ouvert le feu contre un poste de la Garde Nationale Bolivarienne. Il est mort 15 heures plus tard.

 

  • C'est la faute des opposants, c'est la faute de la droite qui a manifesté et pris la vie de mon fils, a dit sa mère, Marbelys Jiménez. Elle demande justice.

 

La droite a accusé les « collectifs », ce mot destiné à résumer toutes les peurs et tous les ennemis de l'imaginaire des opposants. Cette hypothèse ne peut être soutenue : il s'agirait de groupes chavistes qui auraient profité d'une action de rue de la droite dans un quartier réalisé par le Gouvernement pour assassiner un gamin. Un non-sens qui pour beaucoup est vrai. Peu importe la logique quand tout fait partie d'une « machinerie d'un dictateur. » Dans cette perspective, toute action est conçue comme un engrenage du plan totalitaire. Ils ne croiront jamais que leurs dirigeants aient organisé cette mort et d'autres. Même qu’ils pourraient programmer celle de leur propre base sociale, c'est à dire de ceux-là même qui accusent le Gouvernement de tout. C'est arrivé en 2002 avec les franc-tireurs. Quand on a besoin d'un fleuve qui remonte, on le remonte jusqu'au plus profond.

 

Ce qui tue dans les balles, c'est la rapidité et, dans le cas de la droite, sa lâcheté.

 

2.Cette droite a décidé d'accélérer le temps, de le pousser jusqu'à briser la réalité. Si, pour cela, plus de Bryan sont nécessaires, elle les aura. S'il est nécessaire d'inventer des morts politiques, elle les inventera. Comme celle de Ricarda Lourdes González qui serait morte, selon ce qu'on voudrait nous faire croire, de l'inhalation des gaz lacrymogènes lancés par la police. Sa fille a précisé que ce n'est pas à cause de cela mais parce qu'elle a voulu transporter sa mère à l'hôpital pour des problèmes de santé et n'a pas pu y arriver à cause des barricades. Alors, la droite l'a-t-elle tuée elle-même ?

 

Chercher la rupture s'est traduit par 6 mobilisations en 2 semaines. Certaines avec plus de monde – quelques 8 000 personnes – comme le 6 avril, d'autres avec à peine quelques milliers de personnes ou moins. Leur caractère a changé : de la petite concentration à Chacaíto le 1° avril en passant par les mobilisations sur l'autoroute jusqu'aux foyers de violence de jeudi 13 avril avec plus de vide que de gens. La droite cherche à combiner les formes de lutte : certaines centralisées, d'autres décentralisées et simultanées, médiatiques publiques ou dans l'ombre et les rumeurs. Elle cherche la faille, l'affaiblissement, l'attaque qui fait mal. Aujourd'hui sa pire image est celle de cellules avec une logique de vandalisme, de destruction de ses territoires, de magasins de vins et de spiritueux et de bars à vin, d'incendie d'institutions (la Magistrature, l'Institut National de l'Alimentation), d'utilisation de barricades, de câble barbelés et d'armes.

 

Son objectif annoncé est dé déboucher en masse, comme c'est envisagé pour le 19 avril. Obtenir cette massivité demanderait une gestion de force propre et une haute capacité de compréhension de la société vénézuélienne, une chose dans laquelle elle n'a pas obtenu de grands succès ces dernières années. Le premier élément est celui qu'il semble contrôler : les groupes formés par exemple par Volonté Populaire sont là : payés, debout, qui répondent à un ordre. Par contre, le second dépend de leur capacité à faire de la politique, à mobiliser, à donner des objectifs à la mobilisation, à amener les masses. Pour cela, elle devrait briser les limites de sa propre base sociale et se relier aux demandes et aux plaintes d'une grande partie de la société. Pourront-ils le faire à partir de leur logique de coup d'Etat et de confrontation ? Le 19 avril le montrera.

 

Mais ils continueront comme le disait Bertold Brecht: comme des bourgeois effrayés, e qui est ce qui ressemble le plus aux fascistes.

 

3.Ce qui gomme la frontière entre le réel et l'irréel est aussi la rapidité. Celle des twitts, des groupes de watsap, des enregistrements audios, des photos, des rumeurs qui se superposent jusqu'à inonder l'esprit. Cela se produit de jour et de nuit, comme dans un temps qui s'accélère et semble toujours sur le point d’éclater. Sans cela ce qui précède n'aurait pas l'impact qu'il a. Le plan n'existe pas sans un échafaudage communicationnel qui gonfle les faits ou même qui les invente. La droite est là : elle mord, elle lance des schémas, force le chavisme à se désarmer. Et on le sait, celui qui place l'idée est à l’offensive et celui qui doit la démonter est sur la défensive.

 

Ce dont on a le plus besoin, c'est de l'information. Moins de propagande des dirigeants et plus de données, de chiffres, d'informations sur ce qui se passe en temps réel. L'architecture de communication officielle n'arrive pas à faire front à la dynamique d'attaques multiples qui tournent sans arrêt sur les réseaux. La réponse semble être celle d'un géant lent qui semble plus faire dans le vide que dans la cible. Faire, sur VTV, comme si la réalité dont tout le monde parle n'existait pas, fait simplement qu'on cherche ailleurs. Quel est cet « ailleurs » où on trouve aujourd'hui l'information ? Il s'agit d'un problème qui vient de plus loin, de trop loin pour une révolution qui se développe en ces temps modernes.

 

Quelle est la situation du chavisme, de sa base sociale ? Certains faits indiquent des mouvements nécessaires dans un scénario d'affaiblissement comme certaines assemblées populaires – dans le quartier de la Grande Mission Logement Venezuela de Montalbán, par exemple. Cette situation, aussi bien l'avancée des violences intérieures qu'extérieures provoque une plus grande unité et une plus grande force propre, le retour de l'épopée. Le chavisme se trouve dans son labyrinthe : la rue et le territoire devront être son bastion principal, il a besoin d'information certaines et non de rumeurs et son défi est de ne pas tomber dans les provocations. Parce que la droite cherche, tue, se rapproche des territoires populaires, veut la guerre civile. Si elle y arrivait, ce serait un argument de poids pour alimenter le front extérieur, le principal.

 

Le marionnettiste, il faut le rappeler, n'est jamais vénézuélien.

 

4.Le moment du bilan viendra, le moment de rappeler que cette escalade vers un coup d’État a eu pour déclencheur la décision du Tribunal Suprême de Justice (TSJ). On pourra dire qua ça aurait p u être n'importe quoi et il n'y aurait pas de débat. C'est certain, en partie : la sentence du TSJ n'est pas responsable de ce qui se passe actuellement. Cependant, elle leur a aussi fourni un prétexte auquel s'accrocher pour se lancer avec toute leur furie. En particulier, en pleine offensive de l'Organisation des Etats Américains. Ce ne serait pas la seule décision prise à tort qui aurait donné de l'air à la droite qui veut un coup d'Etat.

 

Il faudra en discuter parce que même si depuis plusieurs jours, tout s'est déplacé vers la résistance et comme la réthorique et les appels lancés sont différents, il ne faut pas oublier que le début du conflit – le soi-disant auto-coup d'Etat dénoncé par le droite – n'a pas mobilisé la majorité de la société dans les rues ni dans l'implication directe. Pourquoi ?

 

Aujourd'hui, le pays est à nouveau dans sa période la plus complexe. Avant toute critique, toute polémique, on ne devra jamais oublier qui on affronte : l'impérialisme nord-américain et ses exécutants vénézuéliens qui tissent des plans dans lesquels meurent des gamins nommés Bryan, sont incendiées des institutions, on cherche la guerre civile, une faille de la démocratie. Est-ce un hasard si l'une des étiquettes placées par la droite ces jours-ci a été #EleccionesNoLibertadSi? (élections non liberté oui). Le Venezuela doit être défendu. Les doutes, les incertitudes devront être surmontés de l'intérieur du chavisme. Il n'y a rien à l'extérieur. Perdre n'est pas possible.

 

Si cela arrivait, il y aurait un Gouvernement de bourgeois apeurés qui tireraient rapidement.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.telesurtv.net/opinion/Que-puede-pasar-en-Venezuela--20170417-0029.html

 

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http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/04/venezuela-que-peut-il-se-passer.html Ajouter une section ici

Venezuela : Que peut-il se passer ?

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